blind_vador
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Posté le : 27-11-25 00:00:00
Passer devant l’INJA aujourd’hui, ça me tord le ventre. Pas une petite nostalgie de lycée, non. Un vrai vertige. Un “tiens, si je partais sur Mars en slip, ce serait probablement plus respirable que de repenser à ces années-là”. Et pourtant j’en ai vu de la merde dans ma vie, mais celle-là… elle colle longtemps.
Quand j’étais élève ici, j’ai vu des choses que personne ne devrait voir dans un établissement censé protéger des gamins. Des violences. Des situations étouffées. Des victimes qu’on laisse s’effondrer en silence pendant qu’on couvre ceux qui “ont le droit d’avoir une scolarité”, parce que bons élèves, bons dossiers, bons regards posés sur eux par la direction. Le schéma classique : la victime devient une gêne, l’agresseur un “problème à gérer plus tard”. Résultat : c’est toujours la personne blessée qui porte la charge.
J’ai vu des sanctions absurdes, violentes dans la manière, jamais dans la cohérence. Un éduc te hurle de mettre un pull parce qu’il fait froid. Tu fais trois pas, un autre te hurle de l’enlever parce qu’il fait chaud. Et si tu bronches : sanction. On t’apprend la docilité, pas la responsabilité. Le climat, c’est la roulette russe émotionnelle.
J’ai vu une personne — une des plus fortes que je connaisse — s’effondrer mois après mois, au point d’avaler des produits ménagers et des médicaments parce que personne ne prenait sa situation au sérieux. Cette personne m’envoie un message d’adieux. Je préviens l’infirmerie dans l’urgence. Elles vont la chercher… et la renvoient en cours, après ingestion de détergent. Un “bonne journée” collé au visage.
J’ai dû appeler moi-même les pompiers.
Et l’INJA n’a pas voulu les laisser entrer immédiatement.
Et on m’en a voulu d’avoir appelé du secours.
Ça, je ne l’oublierai jamais.
J’ai vu des collègues harcelés par d’autres employés. Des mois de pression, de coups en douce, de remarques, de dénigrement… jusqu’à ce que ça finisse par se voir trop. Les auteurs ? Déplacés discrètement. La victime ? Chassée d’un côté du bâtiment pour “réduire les tensions”.
La logique : déplacer le problème, jamais le résoudre.
J’ai vu partir les éducateurs humains, empathiques, ceux qui faisaient du bien. Les “trop gentils”, ceux qui osaient soutenir un élève, disparaissaient. Parfois en quelques heures, sans procédure, sans explication.
Comme si la bonté était une faute professionnelle.
Pour moi, personnellement, l’INJA a été une mécanique qui a failli me broyer. Une neuropsy s’était battue un an pour que j’aie enfin des adaptations de travail. Trois mois de respiration : j’apprenais, j’avançais, j’avais enfin les outils. Et l’année suivante ? Tout retiré. Sans raison.
Retour à la débrouille, au combat permanent.
J’ai fini par ne plus supporter d’aller en cours.
Et là, on m’a envoyé en urgence psy parce que je refusais de parler à une psychiatre de l’établissement. On m’a collé l’étiquette “suicidaire” alors que tous les psychiatres extérieurs m’ont décrit l’inverse : quelqu’un qui voulait vivre, mais qui ne supportait plus un système qui n’écoutait rien.
Mon parcours, je l’ai construit malgré l’INJA, jamais grâce à lui.
J’ai vu des gens solides, costauds, lucides — les plus costauds que je connaisse — s’écraser comme des feuilles mortes en repassant devant le bâtiment. Tremblements, sueurs, un vieux réflexe d’animal qui a déjà senti le piège se refermer.
Quand un lieu fait cet effet-là à autant d’anciens élèves, ce n’est pas un hasard. C’est un signal rouge qu’on laisse clignoter depuis trop longtemps.
Et il y a ces chiffres officieux qu’on entend depuis des années : deux élèves sur trois qui sortent sans emploi, sans formation stable, sans perspective. Des trajectoires brisées alors que les gamins qui arrivent là ont du potentiel, de l’énergie, de l’envie.
Beaucoup finissent dans une espèce de mort sociale, enfermés dans un parcours administré, pas choisi.
Un centre censé former à l’autonomie qui, trop souvent, forme à l’obéissance.
Une école de dressage.
Je n’y laisserais même pas mon chien. Alors un enfant…